mercredi 28 juillet 2010

Robinsons des mers & marins des Chagos

Du haut des barres de flèche, la vigie scrute la mer.

L'entrée aux Chagos doit se faire à vue. La carte est réputée tout à fait inexacte. Soleil dans le dos, il faut donc repérer les patates de corail et guider le barreur.

"Un peu à droite". "Un peu à gauche". "Patate à 100 mètres". "Quelle est la profondeur au sondeur ?"
Au fur et à mesure, l'oeil s'ajuste, on devine les contours des coraux à travers l'eau transparente. La passe est là, droit devant, on entre dans le lagon, toujours prudemment.

Et soudain, des mâts ! Un, deux, trois, quatre, cing voiliers au mouillage !

Quelle joie ! Du 1er mai au 25 juin, nous n'avions rencontré qu'un seul bateau comme le nôtre.

Ils s'appellent Bill, Ralf ou Tiger pour les plus anciens, Rachel et Elizabeth pour les plus surprenantes, ce sont les marins des Chagos.

Notre séjour fut bref, mais l'accueil dans ces îles du milieu de l'Océan fut chaleureux. D'appels radio en apéros et barbecue, nous découvrions les nouveaux Chagossiens.

Ayant souvent totalement rompu les amarres avec leur vie de terriens, ils voyagent sur les mers depuis au moins dix ans.

Ralf, d'origine allemande et ancien directeur d'une aciérie en Afrique du Sud, a construit lui-même Mariposa, un ketch en acier. La légende raconte que sa femme et lui ont passé un an et demi d'affilée aux Chagos. Dont 4 mois sans voir personne !

Bill et sa femme ont quitté l'Afrique du Sud sur Jenaime il y a bientôt 15 ans, leur bateau est leur seul bien et l'Indien est leur jardin, c'est la 8ème fois qu'ils viennent ici.

Tiger, un canadien, est le vétéran. Il vient de fêter son 70ème anniversaire et les 40 ans de son bateau ! C'est lui qui nous a guidé vers un bon mouillage pour Lafko devant l'île Boddam, nous aurions apprécié parler un peu plus avec lui mais il était très pris par des travaux : 2 jours à plonger en apnée sous son bateau pour étanchéifier l'arbre d'hélice !!! Qui d'entre nous le fera dans 40 ans ??? Lors de notre départ, sa femme nous salue à la radio : "Lafko, Lafko, I can see you and you're looking goooooddd !!!" :) Lafko file alors vers Maurice.

Quant à Rachel, c'est à 54 ans qu'elle a quitté Seattle pour naviguer en solitaire sur Ventana. 3 ans plus tard, décidée à traverser le Pacifique, elle cherche un ou plusieurs équipiers. Elle fait alors connaissance d'Elizabeth. 35 ans, Norvégienne dont les cheveux, les yeux et la stature nous font immédiatement chercher un drakkar tiré sur le rivage. Cela fait maintenant 7 ans que les 2 femmes naviguent ensemble, avec pour objectif de rejoindre l'Amérique. Dans 5 ans peut-être !

On rencontre donc aux Chagos des navigateurs pleins d'expérience, as du bricolage et de la survie, pêcheurs et plongeurs hors pair. Il y a aussi quelques rois de la combine...

D'année en année, plus ou moins avec l'accord des autorités du British Indian Ocean Territory, ils ont aménagé les ruines du village de Boddam pour améliorer leur séjour. Le puits du village est donc toujours entretenu et nous y avons puisé une eau très fraîche. Tout est à disposition pour faire sa lessive ou brûler ses ordures.

Mais il y a aussi des courroies de rechange pour moteur ou même des voiles !



Mais les marins des Chagos pensent aussi (et surtout ?) à la détente ! On trouvera donc aussi un terrain de volley et des barbecues sur lesquels on verrait très bien griller quelques langoustes au coucher du soleil.



La mise en place d'un permis de séjour payant a réduit le nombre de voiliers de passage aux Chagos. Les anciens racontent qu'il n'était pas rare de voir 60 bateaux au mouillage il y a 20 ans... Je vous laisse imaginer les fiestas...

2 commentaires:

Anne So a dit…

Et qu’est-ce que les autres marins disent de vous ?

Frédéric, Florent, Franck et Antoine, français, la trentaine, le sourire toujours aux lèvres, une soif d’aventure et de découvertes bien prononcée.
Leur but, ramener Lafko en France à la recherche de grands espaces et avec un mot d’ordre : la fraternité. Vivre une aventure certes sportive, mais avant tout humaine.

Qui se souvient de ces hommes !

Jean-Gabriel a dit…

Oui l'aspect humain est sûrement aussi important que l'aspect "géographique", sinon plus. Encore bravo pour ces notes de voyage toujours aussi intéressantes. Bonne idée également d'inclure des portraits de l'équipage (texte précédent).

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