La soirée stroboscope se termine gentiment, la discothèque commence à se vider et le DJ éteint les jeux de lumière, c’était bien sympa on reviendra !
5h30
03N42.215
76E12.947 7nds/202°
Le temps d’écrire « on reviendra » et hop, c’était revenu ! Un nouveau grain, c’était aussi soirée mousse et T-shirt mouillé, la totale (je suis complètement trempé, merci, encore plus violent que le premier, GV et génois choqués légèrement on marchait à 8nds, sans à-coups pour le bateau (la dérive vibre), pointe à 8,9nds GPS, nouveau record.
On descend donc très vite dans le sud et on gagne dans l’Est, on assure le minimum, mais la distance pour Malé ne diminue pas.
Dist : 163mn/282°, en moyenne on est à 80° de la route.
5h50
Fred peut dormir, il a fait un sacré rab, mais il voulait être là pour le record. Et puis les soirées de la boite « Le Bengale » valent le coup de s’y attarder un peu..
Au fait, j’en profite pour signaler à l’équipage que le reste du gâteau au chocolat fait désormais partie de la pharmacie de bord, à n’utiliser qu’en cas de sérieuse nécessité et avec ordonnance de l’infirmière du bord.
Mais où est passé l’infirmière du bord ???
7h22
Moteur, 3nds/270°
3N29.491
76E10.200
Dist : 163mn/285°
11h30 :
Voile, 2ris, génois 3 marques,
03N29.491
75E57.781
Dist : 152mn/287°
18h00
03N42.774
75E39.374
Il s’est passé des choses cet après-midi…
Après avoir bien avancé, (10mn en 2h30) sur la route, GV haute génois, à l’approche d’un grain nous avons « préparé » le bateau : 2ris/2marques, gel douche.
Nous avons viré Sud dans le grain, c’est à ce moment là que ce que l’on espérait plus arriva…
A 7nds dans le 230°, un poisson faisait du surf avec notre ligne, miracle !
Fou de joie, l’équipage avait peine à le croire, Tonio, en bon pêcheur avait flairé la bête et remonte en 2/2 la ligne, pour nous offrir ce met délicieux.
« C’est un requin » « un thon » « un maquereau géant »
« un marlin » « mais non »
«mais si c’est un marlin » « ce n’est pas comme ça »
C’est un Thazar !!
Dist 130mn/284° vit3.2nds/320°
Le temps nous oblige à de nombreuses manœuvres… ris1, ris2, pas de ris, génois roulé, déroulé…ok moteur
Moteur :490,7hres, 1700tr/min, 3,6nds/260°
Tout le monde salive à l’idée de déguster le Thazar, Franck à déjà 5 idées de recettes pour ce soir et Tonio a déjà découpé les filets !!
19h40: Encore un gros grain…
23h30 : La soirée fut marquée par un somptueux festin, merci Franck :
Menu El Thazar del Bengale
Mercredi 9 Juin 2010, on Lafko
Participants volontaires ou non : Antoine, Florent, Fred, Franck et… Bal (Thazar ;)
Entrées :
Marguerite de Carpaccio à la Tahitienne
Lamelles effilées de Thazar cru sous sauce d’huile d’olive épicée
Emiette à la Malaisienne :
Miettes de Thazar cuit servies sur toast et mayonnaise Malaisiens
Sushis Indo-Japonais :
Sushis emmitouflés dans leur cocon de riz parfumé creamy chicken
"Mais pour que le bateau et l’homme ne fassent qu’un, totalement, il fallut, je pense, la Mousson de l’océan Indien où nous étions allés nous égarer candidement, “pour voir si c’était vrai”, un peu comme pour jouer.
Or, “c’était vrai”: la Mousson ne jouait pas. Nous avions alors remonté ensemble cet enfer de vents contraires pour pouvoir en sortir, tirant bord après bord, inlassablement, pendant six semaines."
C'est ainsi que commence "Vagabond des Mers du Sud", premier livre de Bernard Moitessier que nous vous invitons à lire. En solitaire, sur un bateau en bois de 9 mètres, et sans GPS ni fichiers météo, c'est bien entendu une aventure toute différente de la nôtre !
Sur Lafko, depuis Phuket en Thaïlande, nous nous entendions souvent dire "You're pretty late in the season". Le registre de départ du port n'indiquait que des voiliers en partance pour la Malaisie, nous avions droit à des sourires perplexes lorsque nous indiquions notre destination en sens inverse.
A Port Blair, confortablement installés dans le profond canapé du Harbour Master qui nous offrit le thé, c'était : "The sea is rough now, the swell is well set, it could be quite difficult to reach Sri Lanka or Maldives". Le chef du port nous racontait ses souvenirs d'un japonais qui avait accompli la traversée contre la mousson quelques années auparavant. Il avait choisi de faire route plein Sud et de couper l'Equateur pour attraper les Alysées soufflants vers l'Ouest. Un très long voyage...
Quelques jours avant le départ, les journaux annonçaient que la mousson était bel et bien arrivée aux Andaman et que le cyclone Laila rodait au large des côtes orientales de l'Inde.
Le 21 mai dans l'après-midi, "the last yacht in the season" quitta donc Port Blair en direction de Malé, la capitale des Maldives. Un vent d'Ouest nous permettait de descendre rapidement la côte Est des Andamans et nous commençions donc à contourner les îles à la nuit tombée.
1262 milles nautiques en ligne droite nous attendaient, soit 10 jours de mer dans des conditions favorables à 5 noeuds de moyenne. Officiellement appelé "mille marin", le mille nautique correspond à 1852 mètres en moyenne... Tout est ici : http://fr.wikipedia.org/wiki/Mille_marin . C'est l'unité de mesure parfaite du globe-trotter ! Quand au noeud, c'est l'unité pour mesurer la vitesse d'un voilier, un noeud de vitesse correspondant à un mille parcouru en une heure.
Pour cette traversée pendant laquelle il faut veiller nuit et jour sur Lafko, nous nous sommes organisés en quarts de 21h à 9h du matin. Chacun d'entre nous est responsable de 2 quarts d'1h30. Ainsi par exemple, à la fin du diner, Antoine prend le quart de 21h à 22h30, puis vient le tour de Frédéric de 22h30 à minuit, Franck prend le relais de minuit à 1h30 et Florent termine de 1h30 à 3h. C'est ensuite Antoine qui reprend après 4h30 de sommeil. Et nous décalons tous les jours. En journée, nous sommes tous sur le pont à partir de 10h, nous effectuons donc ensemble les manoeuvres.
Des manoeuvres, il y en a eu ! Il faut guetter chaque nuage et évaluer ce qu'il nous réserve : rien ? du vent ? de la pluie ? des éclairs ? Alors, on réduit la voilure ou on la maintient, on pique dans la tempête pour accélérer ou on l'évite pour préserver le bateau et le contenu de la casserole qui bout sur le feu...
La nuit, seul sur le pont, c'est différent. Sans lune, on ne voit le nuage qu'au dernier moment. On le sent avant de le voir, le vent change de direction, parfois de 40° ou 50°. On tente de maintenir le cap mais parfois le bateau part vers le Pakistan ou l'Australie ! On perd des milles sur la route directe, on recule ! La pluie nous aveugle, on ne voit plus voiles ni girouette, c'est "la nuit dans la nuit" comme le dira Antoine.
Puis vient le petit matin, on somnole, tranquillement réchauffé par le soleil qui se lève, un arc-en-ciel se montre à l'horizon et des dauphins jouent dans l'étrave. Magique !
Les jours passent, les avaries surviennent (Frédéric vous racontera ça bientôt), il faut réparer, parfois envisager de rejoindre un port de la côte indienne ou sri lankaise (Pondicheri, ça vous dit ? Aïe, on n'a plus de visa indien... Trincomalee ? La rébellion tamoule est-elle vraiment terminée ?) Nous continuons vers les Maldives, c'est décidé, le bateau tiendra...
Au bout d'une semaine, nous approchons du Sri Lanka. Nous commençons à mieux maitriser les systèmes météo. Nous récupérons des cartes prévisionnelles par téléphone satellite, détectons les zones de vents favorables et essayons de les rejoindre à temps pour en profiter. Les Pilots Charts US nous servent également, ces documents compilent 100 ans de relevés sur les vents et les courants dans toutes les zones du monde ! Frédéric y remarque un courant favorable à 130 milles à l'Est de la côte du Sri Lanka, nous nous y rendons et plaçons Lafko sur un tapis roulant ! Pendant quelques jours, nous avançons rapidement en direction du Sud, la pleine Lune illumine nos nuits et des poissons volants un peu déroutés atterrissent sur le pont ! Avec des vitesses de pointe de 60km/h, nous espérons ne pas prendre en pleine figure ces bolides aveugles ! Nous en trouvons jusqu'à 5 ou 6 sur le pont chaque matin. Un d'entre eux a même eu la bonne idée de tomber directement dans l'évier en rentrant par un hublot ! Tant qu'ils ne nous rejoignent pas dans nos couchettes...
Nous apercevons au loin des bateaux de pêche. Leurs lumières se distinguent facilement la nuit et il faut veiller à éviter les collisions, idem pour les cargos qui remontent vers Madras. Ils nous couperaient en deux sans s'en apercevoir !
Les pêcheurs sri lankais n'ont pas très bonne réputation dans le monde des voyageurs en voiliers. Avant de partir, nous avions tous lu "Unpleasant Encounters in Indian Ocean", témoignage d'un équipage français, qui indiquait avoir été abordé violemment à plusieurs reprises dans cette zone...
Nous sommes donc sur nos gardes. En fin de nuit, Franck observe ce qui semble être un bateau de pêche. Une fois à gauche, une fois à droite, il semble attendre que nous croisions sa route... Il se rapproche. Le soleil se lève, Franck nous réveille. Le bateau suspect est droit devant nous. A 300 mètres, puis 200 mètres... Il fait route pour nous rencontrer ! Nous démarrons discrètement le moteur pour pouvoir nous dégager si nécessaire. Le bateau se rapproche, droit sur nous. Une puissante étrave en bois, à 3 mètres au dessus de l'eau... Nous choisissons de ne pas dévier notre route pour ne pas montrer un quelconque signe d'inquiétude. Le bateau de pêche passe à 20 mètres sur notre gauche et tourne à 90° pour venir vers nous. Il s'arrête à 10 mètres de Lafko. Nous comptons une dizaine d'hommes à bord qui nous montrent du poisson.
Que veulent-ils vraiment ? Nous ne le saurons pas. Peut-être de la simple curiosité, c'est vrai que nous sommes loin de la route "normale" empruntée par les voiliers et pas à la bonne saison. Nous sommes 4 à bord et un drapeau français bien visible...
Je leur adresse un "Hello" suivi d'un "Bye bye" bien distinct et Frédéric embraye le moteur pour donner un peu plus de vitesse à Lafko toujours sur le même cap. Le bateau de pêche s'éloigne alors en direction de l'Inde.
1h plus tard, pendant mon quart, un autre bateau viendra à notre rencontre. J'étais un peu assoupi ( ça arrive ! ) et je ne l'ai vu qu'au dernier moment. Il fait jour, les pêcheurs ont de grands sourires et semblent amusés de m'avoir réveillé. Je leur adresse un "au revoir" de la main et ils reprennent leur route.
Pendant les jours qui suivent, nous apercevons au loin des bateaux qui tentent assurément de venir couper notre route. Contre le vent et les vagues, ils sont bien ballotés et avancent moins vite que Lafko. C'est un petit jeu de parier si ils réussiront à venir à notre rencontre. Nous les voyons souvent abandonner à la jumelle. Une seule autre rencontre aura lieu, nous comprenons juste un "Where are you going ?" et répondons que nous allons en France :)
Début juin, nous coupons le rail des cargos qui circulent entre l'Asie et l'Europe. C'est une zone bien définie au Sud du Sri Lanka où les cargos doivent obligatoirement passer. Et oui, comme une autoroute ! Nous les comptons par dizaines ! Des porte-containers, des chimiquiers, des vraquiers, des super-tankers... Toutes les marchandises du monde défilent sous nos yeux. A partir du moment où nous les apercevons, ils mettent 9 minutes à couper notre route, une demi-heure à traverser l'horizon... Lancés à pleine vitesse et pesant des tonnes, ils sont très peu manoeuvrants sur de courtes distances. Nous sommes bien contents de couper ce rail en plein jour et perpendiculairement. C'est à celui qui verra le premier les cargos ! Un vert à droite, un rouge à gauche, un bleu droit devant ! "China Shipping Line", "MSC", "CMA CGM"...
Ca y est, le Sri Lanka est définitivement derrière nous. Nous avons parcouru les deux tiers de la route directe et le fichier météo prévoit des vents favorables pour rejoindre les Maldives à 140 milles dans l'Ouest. Si nous parvenons à rejoindre cette zone à temps, il nous resterait 5 jours de mer !
Mais nous n'y parviendrons pas ! Trop tard, les vents ont tourné et soufflent de nouveau exactement dans la direction opposée à celle des Maldives ! Chouette, encore du louvoyage ! (on vous explique bientôt ce qui se cache derrière ce mot étrange).
Nous sommes maintenant dans la bien connue ITCZ : Inter Tropical Convergence Zone, autrement dit, ce qu'on appelle le Pot au Noir dans l'Atlantique. Dans cette zone proche de l'Equateur (nous sommes descendus jusqu'à 2°38 N de latitude), les conditions météo sont tout simplement imprévisibles. A bord, nous les définissons plutôt comme "prévisiblement variables" ce qui donne : 30 minutes sans vent, 20 minutes sous un orage qui nous emmène au Sud, 20 minutes sous une grosse averse sans vent (on sort les gel-douche) et re-20 minutes sous un orage qui nous emmène vers le Nord.
Ajoutez la nuit, les éclairs qui déchirent l'horizon, les manoeuvres nécessaires pour maintenir les meilleurs caps et vitesses possibles vers les Maldives et vous comprendrez que nous sommes bien occupés !
Certains jours, nous n'avançons presque pas sur la route directe tant les conditions sont défavorables, pas très bon pour le moral ! Nous passons alors en mode "régate", si il faut changer les voiles ou virer de bord tous les quarts d'heure, nous le ferons ! Les winches tournent, les poulies grincent, nous réduisons ou augmentons la voilure chaque fois que nécessaire.
En partant, nous avions estimé avoir 17 jours d'eau douce à bord en tablant sur une consommation de 4 litres par jour et par personne. Nous savions donc qu'il faudrait nous restreindre et peut-être finir le voyage en ne buvant que des jus de fruits ou du lait :) Les jours passent et nous avons toujours de l'eau... Mystère...
Nous commençons enfin à nous rapprocher de la destination. 300 milles restants, 200 milles, 100 milles, nous célébrons avec joie le passage de ces distances toutes symboliques.
Puis vint le thazard ! En deux semaines, notre ligne de pêche n'avait accroché qu'un thon qui avait réussi à nous échapper en bondissant hors de l'eau pendant que nous tentions de le remonter à bord. Nous avions testé tous les types d'hameçons et de leurres en espérant améliorer un peu nos repas avec du poisson frais. Un midi alors que nous venions de virer de bord pour échapper à un grain particulièrement violent, Antoine, finissant son traditionnel shampoing, s'écrit : "Un poisson, un poisson sur la ligne !" Nous nous retournons pour apercevoir la bête. Très effilée, avec de forts ailerons, elle surfe dans le sillage de Lafko lancé à 8 noeuds dans la sortie du grain.
"C'est un petit requin !". "Non, un maquereau géant". D'un magnifique bleu, nous n'avions jamais vu ce poisson. Antoine continue à le remonter à bord et le jette dans le cockpit dans un dernier effort. Notre capture prestement assommé à coups de manivelle de winch, nous consultons les livres de pêche présents à bord. Un thazard ! 1m20 pour 18 kilos. Prédateur des grands fonds, pourvu d'une puissante machoire, sa chair est délicieuse. Rapidement découpé, il finira dans nos assiettes cuisiné de multiples façons. Franck vous racontera cela bientôt !
Les Maldives se rapprochent à grande vitesse, le vent se montre plus docile, les dauphins nous montrent le chemin et nous finissons nos trois semaines de traversée le 11 juin vers 14h.
Un petit jeu pour finir : Combien comptez-vous de dauphins sur la vidéo ?
Lafko a traversé le Golfe du Bengale, la mousson et le "pot-au-noir indien", ses équipiers ont eu du grain à moudre!
Ca commence comme ça: "les gars, un grain dans 5 mn !" Parés ?
A l'horizon, un nuage gris fait tomber un rideau noir de pluie. Une vague de froid nous saisit. La mer blanchit et bouillonne au contact de la pluie qui claque. Quelques minutes plus tard les voiles fasseyent bruyamment et Lafko accentue sa gîte. De nuit une sorte de deuxième nuit tombe. Le spectacle peut commencer.
Le pilote automatique ne répond plus et un valeureux équipier prend la barre. La visibilité se réduit à quelques dizaines de mètres tandis que le vent forcit et bascule, ce qui fera dire à certains équipiers "mais je comprends plus rien à la voile !". Lafko est en mode survie : atteindre la fin du grain et ne rien casser. La surface de la grand-voile est réduite de deux ou trois ris et le génois roulé à moitié ou aux trois-quarts. Pour les autres équipiers c'est une autre affaire. Passée la tension du premier grain, ces seaux d'eau douce jetés sur Lafko sont une aubaine dans cet univers ultra-salé. Tout y passe: on se douche, on fait la lessive, on brosse le bateau. On fait aussi des provisions à la chaine. L'un en bout de bôme récupère la pluie qui s'abat sur la grand voile, un autre dans le cockpit embouteille et embouchonne . Erreur de process, on a dû rappeler quelques bouteilles qui avaient un goût de shampoing...
10 ou 20 minutes plus tard le déluge devient crachin, les nuages s'éclaircissent et le vent tombe puis reprend son régime normal.
"Hé les gars, remontez! je crois qu'il y en a un deuxième qui arrive."
Toujours un équipier à la barre, toujours la pluie et le vent. Cette fois tout le monde est déjà rincé, le reste de l'équipage est balloté dans le carré en attendant l'accalmie.
Jeudi soir, peu apres le coucher du soleil, une quarantaine de dauphins nous montrent le chemin et des lueurs apparaissent sur l'horizon... Les Maldives ! Il nous reste une cinquantaine de milles nautiques a parcourir et nous y sommes.
Lafko comprend le message et accelere dans la nuit noire. Le lendemain vers 10h, nous apercevons les premiers contours de Male, la capitale, quelle joie apres 21 jours de mer.
Nous y voila donc ! Plus de details bientot sur cette epique traversee contre la mousson.
Ca y est, nous avons termine les formalites de depart des Iles Andaman, un beau parcours du combattant avec tout ce qui est possible d'imaginer : paperasse, procedures a la limite du ridicule et du racket accompagnees de magouilles en tous genres... Nous gardons cependant un excellent souvenir des navigations entre les iles de l'archipel, c'etait magique !
Rendez-vous a 14h sur la jetee avec les Immigration Officers pour se faire tamponner les passeports et c'est parti, direction les Maldives.
Pour meriter ces iles de reve, il nous faut passer a travers la mousson qui commence a s'etablir. On nous promet des vents et des courants contraires sur les 1500 milles nautiques en ligne droite jusqu'a Male.
Nous esperons arriver vers le 10 juin mais rien n'est certain ! Lafko est solide et son equipage aussi. Nous sommes maintenant 4 a bord : Antoine, Franck, Frederic et Florent.
Notre position sera mise a jour aussi souvent que possible par nos correspondants a terre.
Apres avoir cabote quelques jours au milieu des iles verdoyantes et desertes, une navigation de nuit nous ramene a Port Blair samedi 15 mai au lever du soleil. Retour aux tracas administratifs, les services de douanes et d’immigration sont pires que les crocodiles. 3 amis doivent prendre l’avion pour la France, mais le reglement ne prevoit pas que l’on puisse se separer des equipiers aux Andaman. Du moins pas sans negocier, ce sera l'occupation de samedi. Dimanche nous faisons un treck a travers la jungle et des villages de pecheurs. Sur le chemin de la messe, la providence me fait passer devant les Soeurs Missionnaires de la Charite, edifiees en Inde en 1950 par Mere Theresa. Je voulais m’immerger dans la population, elles accepetent mon aide, je travaille donc pour elles jusqu'a demain jeudi. Pendant ce temps Lafko navigue au milieu des reserves naturelles peuplees par les dernieres tribus.
Nous nous retrouverons demain pour preparer la sortie des eaux indiennes et le ravitaillement pour la traversee. Le programme des prochaines étapes est un peu modifié car la mousson est arrivee en debut de semaine. Nous avons decide de nous dérouter du Sri Lanka et allons directement aux Maldives. Ce qui constitue notre plus longue traversee dans l'ocean Indien : 1500 miles soit 3 semaines de navigation. A bord nous avons 300 litres d’eau douce , plus l’eau de pluie que nous pouvons recuperer sur la grand voile mainteant que la mousson nous donne de bonnes averses. Pour le carburant nous avons 300 litres de gazole, soit une autonomie de 3 jours environ. Nous embarquons des regimes de bananes, et nous esperons pecher quelques poissons cette fois. Sinon ce sera riz et sauce tomate, nous en avons suffisament pour nous nous nourrir pendant 2 mois! Depart prevu ce vendredi 21 mai.
Lafko est de retour a Port Blair depuis samedi matin. La semaine derniere, nous avons visite Havelock Island, Inglis Island et North Button Island, des iles desertes sous les tropiques ! Tortues geantes et dauphins etaient au rendez-vous, nous n'avons pas apercu de raies manta malgre nos yeux grands ouverts.
Nous avons depose Alix samedi a l'aeroport et repartons lundi dans la vraie jungle !
Nous avons obtenu des informations tres interessantes (notamment sur les recifs non cartographies) de la part du Harbour Master. Nous allons ainsi pouvoir entrer dans le territoire de la tribu Jarawa ! Nous n'avons pas le droit de debarquer car ce peuple encore tres isole doit etre protege des germes et bacteries que nous transportons. Nous emprunterons donc le Homfray Strait et le Middle Andaman Strait ! C'est l'avantage du deriveur integral que de pouvoir se faufiler partout ! Au programme, vegetation luxuriante, crocodiles, aigles pecheurs et perroquets multicolores.
Nous prevoyons ensuite de partir vendredi 21 mai en direction des Maldives.
Ce sera la journée du défilé des autorités en tout genre. Les Andaman sont assez peu fréquentées par les voiliers en raison des difficultés administratives qu'on y rencontre. Certains bateaux mettent parfois 4 jours pour obtenir la fameuse Clearance, le droit d'aller à terre. Un américain a même parlé de 10 jours à Franck !
Frédéric et moi partons donc en annexe pour chercher les officiers d'immigration. A l'approche de la jetée, un homme nous fait des signes de la main. C'est Omar Patti, le "dinghy watcher" qui amarre notre annexe. Nous débarquons et un autre indien se présente : "I am Ravi". Si il est ravi, nous sommes enchantés :) Ravi est un chauffeur de taxi reconverti en businessman au service des voiliers de passage. De très bonne réputation, il facilite la vie des voyageurs à Port Blair. De nombreux blogs de marins en parlent ! J'ai d'ailleurs une enveloppe à lui remettre de la part d'une Américaine rencontrée à Phuket.
Ravi est déjà au courant que les officiers d'immigration seront là à 7h. Nous avons un peu d'avance et il nous propose de nous installer à l'ombre dans un bateau de pêche.
Il nous donne une carte SIM pour l'appeler en cas de besoin. (Don't tell immigration officers...).
Nous discutons avec lui et apprenons qu'un terrible accident a eu lieu la semaine dernière. Une touriste américaine s'est faite attaquer par "a huge salt water crocodile"... Des tueurs de crocodiles sont venues de Madras mais ne l'ont pas trouvé. La bête rôde toujours. "Don't swim in the bay, i will tell you where you can swim..."
Le premier officier arrive et s'installe avec nous dans le bateau. "This is Sunday, no immigration today !" Nous comprenons qu'il s'agit d'une plaisanterie pour expliquer le retard de son collègue.
Nous embarquons peu de temps de après et retraversons la baie en direction de Lafko. A notre arrivée, nous apercevons Antoine qui saute à l'eau pour récupérer un seau.
Réaction immédiate des officiers "Crocodiles, crocodiles, you can't do this, very dangerous !"
Les officiers s'installent dans le carré de Lafko pour examiner nos passeports, nos visas et les papiers du bateau. Ils sont très méticuleux mais sympathiques. Ils corrigent chacune des lettres qui nous aurions pu mal écrire ! Il faut croire que nous ne savons pas écrire des "M". Au bout d'1h30, nous obtenons le fameux "Restricted Area Permit". Ils nous expliquent qu'ils devaient de toute manière travailler aujourd'hui car 2 batiments militaires thaïlandais vont arriver.
C'est ensuite le tour des "Customs officers". Les Douanes. Il faut aller les chercher à 10h au même endroit. Ils ont assez mauvaise réputation. Ils s'installent également dans le carré et demandent des listes des provisions, des équipements du bateau et des biens de chaque membre d'équipage. Au bout de quelques temps, ils nous déclarent que c'est dimanche et qu'ils ne peuvent de toute manière pas nous délivrer la customs clearance aujourd'hui. Ils entament ensuite une fouille du bateau. Les bouteilles d'alcool les intéressent. "Combien de bouteilles non ouvertes ?" La question reviendra plusieurs fois... Beaucoup de placards sont ouverts... Et c'est là que vient la question des médicaments du bord : Pouvez-vous prouver que vous n'avez pas de médicaments interdits en Inde et que vous ne cachez pas de drogue dans ces comprimés ? Avez-vous une liste ? Ils nous demandent donc d'obtenir un certificat du "Port Health Officer"...
Ils nous donnent rendez-vous à 10h30 lundi et nous devrons leur apporter ces listes...
Un appel au Port Control et nous demandons le passage des Coast Guards et du Health Officer.
Vers 12h, un bateau s'approche, ce sont les Coast Guards. Leur mobilier de jardin installé sous une tente à l'avant du bateau nous fait sourire... Dans un bel uniforme, ils sont 3 à monter à bord. L'un d'entre eux filme et photographie. Leur chef m'interroge sur les équipements de sécurité et de navigation du bateau. Ils cherchent aussi à évaluer nos compétences nautiques. L'ambiance est assez détendue et nous obtenons un certificat de conformité au bout de 30 minutes. Nous en gardons un bon souvenir.
Après le déjeuner, un autre bateau s'approche. C'est pour nous demander d'appeler le Port Control.
Nous nous faisons bien remonter les oreilles... La bonne ambiance du déjeuner et le concert des Beatles qui l'accompagnait nous fait rater leurs appels à la radio depuis 30 min.
Nous sommes informés que le Port Health Officer passera vers 15h. Il faut aller le chercher. C'est Antoine et Anne-Sophie qui partent. Ils attendront une heure. Deux médecins, père et fils, et une petite fille montent à bord. Au retour de leur pique-nique dominical, tout se passe bien et ils examinent dans la bonne humeur les médicaments périmés de l'ancien propriétaire, médecin de profession. Les stocks de nourriture y passent également. Ils nous délivrent ensuite un certificat que nous devrons donner aux douanes.
Vers 17h, nous apprenons par Ravi que nous pouvons débarquer pour nous rendre chez les douanes. C'est avec grande joie que nous rédigeons rapidement les listes et sautons dans l'annexe.
Je me rends chez les douanes pendant que le reste de l'équipage profite du délicieux "Fried Fish" du restaurant situé en face.
Alors que je pensais en avoir terminé, un des officiers déclare que le certificat du "Health Officer" n'est pas valide car il ne déclare pas explicitement que nous n'avons pas de drogue à bord... Son collègue a l'air bien plus souple...
J'apprends ensuite qu'il me faudra remplir une demande pour chaque achat à Port Blair et que ces achats se feront sous la supervision d'un douanier dont il faudra payer le temps de travail correspondant... Un des douaniers m'explique ce serait beaucoup plus simple si je fais appel à un agent, un intermédiaire qui ferait ces formalités pour moi. Evidemment, ça coûte environ 200 dollars... Je réponds que je n'ai pas cet argent...
Il faut également refaire la liste des provisions et des médicaments en remplissant un nouveau formulaire...
A la fin, les officiers me disent qu'ils sont venus à leur bureau uniquement pour moi et que nous devrions normalement payer leur travail de ce dimanche. Mais ils ne nous le demanderont pas car je leur suis sympathique...
La soirée se termine dans un bon restaurant de Port Blair pour se changer les idées !
Cela fait maintenant 3 jours que l'équipage vit des conditions de navigation terribles. Dans cette zone où est tout est sous haute pression, il n'y a pas un souffle, la mer est plus plate qu'une mare de village beauceron.
C'est Yanmar, le 8ème homme du bateau qui fait la plus grande partie du travail. Avec ses 54 chevaux, il nous emmène tranquillement vers les Andaman.
Seuls quelques dauphins viennent briser la monotonie du paysage et des poissons volants jaillissent en permanence devant l'étrave .
Le soleil tropical pénètre dans chaque recoin du bateau et nos réserves de crème solaire et d'eau diminuent à vue d'oeil. Nous sautons à l'eau chaque soir pour nous rafraîchir, la piscine fait 2500 mètres de profondeur, imaginez donc tout ce qui peut se trouver sous nos pieds :)
Dans la nuit du vendredi au samedi, nous apercevons des flashes lumineux dans la brume qui couvre l'horizon. La carte n'indique qu'un haut-fond dans ces parages. (Invisible Reef, le fond remonte brusquement de 2600 mètres à 10 mètres !!!). Il n'y a donc pas de phare et l'intensité de ces lumières ne peut provenir des feux d'un bateau. Elles semblent provenir d'un point assez fixe, il ne s'agit donc pas des éclairs d'un orage.
Ce sont donc des tirs d'artillerie marine !!! Nous allumons le radar et la VHF (la radio) pour tenter d'éclaircir la situation. Au loin, les flashes continuent de façon plus ou moins intense. Frédéric tente un "Indian Navy, Indian Navy" à la radio mais sans succès. Nous sommes sans doute trop loin. Rien sur l'écran radar non plus.
Nous faisons alors le choix de continuer notre route à la même vitesse et dans la même direction. Le batîment de guerre nous a sans doute repéré Lafko depuis longtemps et ne nous a pas contacté. C'est donc qu'il estime ne pas nous mettre en danger. Tout au moins, nous l'espérons.
Les flashes continuent encore pendant l'heure suivante. En arrivant à Port Blair, nous apprendrons que des exercices communs aux marines indiennes et thaïlandaises ont lieu en ce moment...
Au matin du 8 mai, les îles sont aperçues par la vigie ! Terre, terre ! Un léger souffle nous permet d'avancer à la voile et d'économiser quelques litres de gasoil... C'est en fin d'après-midi que nous nous signalons par radio aux autorités portuaires. Les Andaman sont une "Restricted Aera" et il faut montrer patte blanche pour y naviguer. C'est l'occasion de ré-apprendre l'alphabet international... C-H-E-R-B-O-U-R-G Charlie Hotel Echo...
Le Port Control nous assigne un mouillage assez à l'écart du chenal et de la ville dans la grande baie de Port Blair, ça ressemble fortement à une quarantaine... Nous ne sommes pas autorisés à aller à terre avant de terminer les formalités d'immigration et de douanes. Un message à la radio nous indique "Sailing Yacht Lafko, Sailing Yacht Lafko, please send your dinghy to pick up Immigration officers at 07:00 tomorrow morning... You'll find them at the Chattam Jetty"
En retour, nous demandons la "Local Time", il s'agit de ne pas rater notre rendez-vous avec les autorités indiennes réputées assez strictes ! Et il se trouve que le décalage horaire avec Phuket est d'1h30 !! Et oui, les Andaman semblent être à cheval sur 2 fuseaux horaires.
Après un départ mardi 4 mai vers 15h de Phuket, nous arrivons vers 10h30 en vue des îles Similan situées à l'Ouest de la côte thaïlandaise.
Cet archipel est tout simplement un des lieux de plongée sous-marine les plus réputés au monde. Les premières îles laissent entrevoir des eaux turquoises et de très belles plages. L'escale est donc incontournable d'autant que l'endroit paraît désert à cette heure de la journée.
Nous choisissons donc de nous arrêter au milieu de l'archipel, en mouillant l'ancre dans un chenal entre l'île de Ko Miang et un petit îlot rocheux.
15 mètres d'eau transparente sous le bateau !
Antoine et moi, qui étions de quart depuis le lever du soleil, n'attendons pas plus longtemps et sautons à l'eau avec masques et tubas en direction des coraux situés plus près de la côte. Le reste de la Lafko Team prend son petit déjeuner avant de plonger et a alors la chance de nager en compagnie d'une tortue de mer ! Une expérience incroyable, les photos parlent d'elles-mêmes !
La découverte des fonds se poursuit, coraux de toutes couleurs et de toutes formes, poissons multicolores et en quantité. Nous resterons sur place encore 3 heures avant de reprendre la route des Iles Andaman.
Une grande partie de la journée est consacrée au nettoyage de notre cuisinière à pétrole.
Un sacré engin ! Elle est capable de brûler tout type de combustible plus ou moins proprement pour chauffer 2 feux et un four.
Une partie de nos soirées de la semaine avait déjà été consacrée à des expériences dignes des plus grands cracheurs de feu :)
Nous découvrons que l'idéal est de la faire fonctionner au kérozène ! Lafko va décoller !
A terre.
C'est le moment des formalités de douanes et d'immigration.
Après 5 jours en Thaïlande à naviguer furtivement entre les îles, il faut penser à se signaler aux autorités et à faire tamponner nos passeports.
C'est chose après avoir rempli une bonne demi-douzaine de formulaires en thaï...
L'après-midi, nous nous mettons à la recherche de matériel pour compléter l'armement de Lafko. Tout est quasi fermé car c'est le 1er mai... Un français installé à Phuket nous aide à contacter certains vendeurs qu'il connait. Suite des achats prévue lundi.
Dans la soirée et la nuit, Antoine et Alix, puis Guillaume et Anne-Sophie rejoignent le bateau. L'équipage est au complet pour appareiller pour les Andaman !
Au petit matin, Franck et Frédéric partent explorer l'île en annexe, celle-ci renferme un lagon qui n'est accessible depuis la côte qu'à marée haute et par une petite embarcation. Je les rejoindrai ensuite pour petit déjeuner. Le lagon se remplit d'eau au fur et à mesure de la montée de la mer, il est bordé par des palétuviers et des oiseaux viennent y pêcher !
Vers 10h30, nous quittons cette île pour une autre, nous empruntons alors un chenal au Nord de l'île de Koh Lanta, le pilote indique "Warning, passage not recommended without local knowledge". Le chenal est en effet rempli de bancs de sable très mouvants et la carte indique 60 centimètres de profondeurs par endroits...
Mais c'est un bon raccourci vers Phuket ! Ce sera donc l'occasion de tester le sondeur et les capacités de dériveur intégral de Lafko !
Il fait beau et la marée monte.
ça passe ! il y a sans doute peu de voiliers qui sont passés ici, bravo Lafko :) Il faut dire que nous avons un tirant d'eau de 90 cm en relevant la dérive.
Vers 12h, nous sommes en vue de Koh Phanak, dernière escale avant Phuket.
Koh Phanak contient (au moins) 2 hongs, nous choisissons d'explorer celui situé au Nord-Ouest.
Nous repérons une entrée de 2 mètres de hauteurs dans le flanc de la falaise. C'est assez simple car une dizaine de canoës de touristes viennent d'en sortir.
A notre tour de tenter d'accéder au lagon interne !
Nous commençons par y aller à la nage, puis revenons en annexe après avoir longuement cherché le bon tunnel. La grotte semble assez grande et part dans plusieurs directions.
Le plafond est occupé par des centaines de chauves-souris !
Nous finissons par atteindre une partie reculée de la grotte où nous apercevons un peu de lumière naturelle à travers l'eau.
Le bout du tunnel ? Dans tous les cas, cette fin de galerie est totalement immergée.
Franck plonge pour tenter de trouver si on peut facilement déboucher à l'air libre.
Après plusieurs tentatives, il s'avère que la marée est trop haute pour aller au bout du tunnel en apnée.
La lummière aperçue est peut-être propagée sur une cinquantaine de mètres sous l'eau. Pas évident à dire.
Retour au bateau mouillé au pied de la falaise.
Florent remonte le mouillage et Frédéric démarre le moteur.
Il se rend rapidement compte que seul un safran (Lafko possède deux safrans pour se diriger dans l'eau) répond aux commandes de la barre.
Le bateau n'est pas très manoeuvrant et un fort courant de marée le déporte.
A proximité d'une falaise, il faut rapidement re-jeter l'ancre et examiner le système de gouvernail.
Nous ouvrons alors les capots arrière et découvrons qu'un des axes reliant 2 bras du gouvernail est tombé au fond du bateau.
La goupille de l'axe avait été mal fixée lors des travaux de remise en état à Port Dickson au mois de mars...
Le système est vite réparé et nous vérifions tout le reste.
Nous sommes finalement heureux que cet incident nous arrive dans un mouillage assez protégé plutôt qu'en pleine tempête !
C'est sans doute la houle de la nuit dernière qui a accéléré le détachement de l'axe en tapant de nombreuses fois sur les safrans et la coque.
Tout va bien et nous repartons en direction de Phuket chassés par un orage qui nous apporte entre 20 et 25 noeuds de vent.
Avec 3 ris, un génois à demi-déroulé et la marée descendante, Lafko file à 8 noeuds, c'est bon signe !
Nous arrivons vers 23h à la marina de Boat Lagoon située dans une ancienne mine d'étain à 2 milles dans les terres !
Le long chenal qui la relie à la mer à travers la mangrove n'est pas des plus profonds qui soient... Surtout à marée basse...
Drôle d'idée d'avoir construit un tel port où on ne peut accéder que lorsque la mer est vraiment haute !
Nous débarquons sur "The Beach" avec l'annexe et remarquons un panneau indiquant qu'il faut s'acquitter de droits d'accès...
Nous n'avons pas encore de bahts avec nous puisque les distributeurs de billets ne poussent pas encore en mer...
Il n'y a de toute manière personne pour collecter ces droits à cette heure matinale.
Nous allons donc prendre le petit déjeuner un peu plus loin et nous baignons. Le site est magnifique et l'eau prend une teinte turquoise au fur et à mesure de la montée du soleil dans le ciel. Sable blanc et poissons multicolores finissent de nous enchanter.
Surveillant de temps en temps l'annexe, nous nous apercevons avec joie que celle-ci a été remise à l'eau par la personne chargée de collecter les droits d'accès !
Plusieurs bateaux à touristes viennent d'arriver et il faut faire de la place sur la plage !!! Business is business...
Nous récupérons donc l'annexe et choisissons de nous installer sur une autre plage plus petite et totalement déserte immédiatement baptisée "The Lafko Beach" !
C'est plus d'une vingtaine de vedettes à moteurs qui ont littéralement envahi la baie lorsque nous choisissons de lever l'ancre vers 11h. Quel gachis !
Nous avons assurément fait le bon choix en arrivant la veille et en débarquant de bon matin !
Nous continuons alors notre route vers le Nord en admirant plages, palmiers et hautes falaises, le payasage est vraiment très beau et contribue à la bonne ambiance du bord !
Nous arrivons en fin d'après-midi à Koh Hong, l'île de la grotte...
Sur la falaise Ouest, nous remarquons une cavité, en nous approchons, nous nous apercevons qu'une ou plusieurs personnes y vivent, installés sur des contructions de bois perchées sur la falaise à 10 - 15 mètres des flots ! Certainement des ramasseurs d'oeufs d'oiseaux de mer.
Nous contournons l'île par le Sud et mouillons dans une crique à l'Est, le soleil embrase les pitons rocheux, voyez vous-mêmes la vue que nous avions pour l'apéritif !
Après un petit déjeuner sur la plage, nous partons en direction d'une autre île abritant l'Emerald Cave.
Nous ne savons pas trop à quoi nous attendre, les pilotes sont assez vagues.
Est-il possible de rentrer avec Lafko dans cette grotte aux eaux émeraudes ?
Nous découvrons bien un panneau indiquant "Morakot Cave" au pied d'une falaise où l'on trouve quelques bouées.
Mais où est l'entrée ? Nous jetons l'ancre et mettons l'annexe à l'eau (une barque en aluminium) pour chercher l'entrée de cette grotte car rien ne nous semble visible depuis le pont de Lafko.
L'Emerald Cave est en fait issue d'une formation géologique nommée "hong".
C'est un tunnel à demi-empli d'eau qui mène à un gouffre à ciel ouvert de 300 mètres de profondeur situé au centre de l'île !
Il faut donc nager sous l'eau pour accéder au tunnel dans la falaise dont l'entrée ne se découvre qu'au ras des flots.
Nous retournons au bateau chercher une lampe-torche pour explorer le tunnel et tenter d'accéder au centre de l'île.
Plutôt que de nager, nous choisissons de faire entrer l'annexe dans la grotte puisque la hauteur du tunnel nous semble s'élever.
Ce n'est cependant le cas qu'au début, nous devons donc amarrer l'annexe au rocher et poursuivre à la nage en éclairant les parois à la lampe-torche.
Après quelques tournants, nous apercevons de la lumière et débouchons sur un fantastique lagon intérieur aux eaux émeraudes !!
Il est bordé d'une plage de sable fin et d'une végétation luxuriante.
Nous sommes au centre d'un puits de 300 mètres de hauteur et d'une centaine de mètres de diamètre. Absolument fantastique et inimaginable depuis la côte !
Nous pensons alors à Lafko laissé sur la bouée de l'autre côté du tunnel et entamons le chemin du retour.
C'est alors qu'une cinquantaine de touristes thaïlandais surgissent du tunnel en formant une longue chaîne de nageurs !
Nous rencontrons un beau succès avec l'annexe ammarrée à l'intérieur de la grotte :)
C'est alors que nous retrouvons Lafko. Entouré d'au moins 6 bateaux à touristes sur la même bouée, les cordages l'enserrent et nous aimerions bien partir :)
Le sac de noeuds n'est finalement pas très compliqué à défaire et nous reprenons notre route !
Nous poursuivons jusqu'à la nuit tombée pour atteindre l'île de Koh Phi Phi Le où fut tourné le film "La Plage".
Cette fois-ci, c'est un lagon ouvert sur la mer dans lequel les bateaux peuvent entrer.
Nous distinguons le mât d'un autre bateau déjà présent et amarrons Lafko sur une bouée de cette baie entourée de hautes falaises.
Malgré la pénombre, l'eau nous paraît très claire et le lever du soleil s'annonce grandiose !!
Ce mardi, nous entrons vers 11h dans les eaux thaïlandaises en approchant une île assez grande et très sauvage.
Elle servit de camp de prisonniers politiques jusque dans les années 50.
Les prisonniers s'y sont finalement révoltés et ont vécu dans l'anarchie pendant quelques décennies.
L'armée britannique mit un terme à cette situation et l'île est restée quasi déserte depuis ce temps.
Le soleil ne nous épargnant pas, nous décidons de mouiller par 20 mètres de fond entre un gros rocher et la côte de l'île pour nous baigner.
En remontant de la baignade, nous assistons avec surprise au spectacle d'une raie volante effectuant plusieurs sauts hors de l'eau.
Large d'environ 80 centimètres et longue d'1m50, elle nous montre sa bouche et ses branchies. Assez impressionnant !
Un cormoran décollant du rocher interrompra le spectacle.
La journée se poursuit en route vers le Nord.
Après quelques milles sous génois tangonné, un orage nous rattrape par l'arrière, nous décidons cependant de poursuivre notre route en pensant qu'il ne durera que peu de temps.
Nous passerons finalement 5 heures sous les éclairs et une forte pluie réduisant de beaucoup la visibilité. La zone est pleine de bateaux de pêche...
Une fois le temps calmé, nous mouillerons donc vers 22h à l'abri d'une autre île du long chapelet situé au Sud de Phuket.
Départ de Langkawi vers 15h pour notre plus grande joie.
Pour Frédéric et Florent, après 3 jours de ménage et de travaux, c'est le grand départ, direction la pompe à essence !
Franck termine les derniers achats duty-free, nos placards à apéritifs lui en sont très reconnaissants.
Une heure plus tard, nous nous dirigeons vers les canaux tortueux qui séparent la cinquantaine d'îles de cet archipel à la frontière de la Malaisie et de la Thaîlande.
C'est dans ce paysage magique que nous recherchons notre mouillage du soir :
"The Hole in the Wall" ? "The Wall in the Wall" ? "The Wall in the Hole" ? "The Hole in the Hole" ?
Pas évident à trouver à la tombée de la nuit, nous hésitons entre une entrée de rivière bordée de mangrove et quelques criques...
Nous avons 2 pilotes à bord (des instructions nautiques pour nous guider), mais rien n'est clair et ils se contredisent....
C'est dans les derniers rayons du soleil que nous découvrons un trou dans une muraille de rochers ! The Hole in the Wall !!!
Au fond, des mâts de bateau ! Ouf !
Le sondeur indique 10 mètres, l'entrée est assez étroite, allons-y et remontons la rivière qui s'enfonce dans les terres...
Premier bateau, un pavillon tricolore, deuxième bateau, un pavillon tricolore, un "bonsoir", on se sent à la maison :)
Troisième bateau, nous avons droit à un "Encore des Français ???" avec un fort accent québécois !!! Décidément, ce mouillage francophone s'annonce prometteur.
Au matin, superbe lever de soleil sur la rivière encaissée entre de hautes falaises recouvertes par la jungle.
Des singes pêchent sur la mangrove découverte. Nous levons l'ancre et partons en direction de la Thaïlande.
Malgré ce sacré volcan islandais, les 3F, Franck, Frédéric et Florent se sont retrouvés jeudi au Royal Langkawi Yacht Club !
Franck étant déjà à bord depuis plus d'un mois, les retrouvailles furent joyeuses !
Au tour des nouveaux arrivants de découvrir le climat tropical, sa chaleur étouffante et ses averses autant imprévisibles que puissantes. Cela ne les a pas empêchés de se lancer dans un grand ménage de printemps de l'intérieur de Lafko qui en avait bien besoin. Couchettes, planchers, cloisons, placards, fonds de cale, tout y passe !!
Nous remercions nos partenaires Spontex, Cif et Ajax ainsi que la very famous boisson 100 Plus Unlimited qui contient 4 litres d'eau dans une canette de 50 cl.
Nos premières passagères arrivent la semaine prochaine, il est indispensable que notre yacht soit à la hauteur pour les recevoir. Rendez-vous à Phuket !
Après ces dures journées de labeur, l'équipage travaille sa forme et son bronzage dans la Royal Swimming Pool du Royal Yacht Club !!
Ce matin, suite à la grande nouvelle de l'obtention de notre acte de francisation (voir article précédent), Franck et Emmanuel m'ont transmis leur position.
Tout va bien, Lafko se trouve au large de Penang.
Jetez un coup d'oeil sur la carte à droite, la position est marquée par le voilier bleu.
Arrivée prévue à Langkawi samedi 17 en fin de journée ou dimanche 18 au matin ! Plus des deux tiers de la route depuis Port Dickson ont déjà été parcourus.
Tout commence samedi 10 avril à Port Dickson. Par un petit crachin comme on les aime, une grue s'approche et soulève Lafko. Pendant 4 heures, Emmanuel et Franck, toujours aidés par Bernard, poncent et peignent le plus rapidement possible les parties de coque sur lesquelles reposait le bateau. La dérive est descendue à fond et ils découvrent qu'elle a besoin d'un bon traitement contre la rouille. C'est chose faite grâce à l'expertise de Bernard, que nous devons encore une fois remercier.
Et voilà le moment tant attendu, la mise à l'eau !
Après quelques gracieux pas de danse, la grue dépose délicatement Lafko dans l'eau ! Après 2 ans au sec, il retrouve la mer. Précieux instants immortalisés par Franck, la vidéo arrive ! Les sangles sont relâchées, Lafko est libre de voguer à sa guise !
Le dimanche 11 est consacré à la remise en route du moteur. Il démarre, le refroidissement se fait cependant un peu difficilement.
Il faut aussi gréer le bateau ! Les voiles sont hissées, bonne nouvelle, elles sont en plutôt bon état !
Lundi 12, nous n'avons toujours pas de papiers à notre nom pour Lafko et il faut partir pour tenir le planning !
Toujours à Paris, j'obtiens par une amie le numéro du sous-directeur des douanes traitant notre dossier. Plutôt mal reçu, on m'oriente vers une personne qui doit en savoir plus sur l'avancement de notre demande.
Je vous passe les détails les plus désagréables, et en fin de journée, j'apprends qu'il me faut appeler le consulat de France en Malaisie pour faire une demande d'acte de francisation provisoire... valable 3 mois seulement !!
Pendant ce temps, Franck et Emmanuel jouent le tout pour le tout avec les douanes malaisiennes : Obtenir l'autorisation de partir pour Langkawi en expliquant notre situation. Et ça marche ! Ils obtiennent tous les tampons et papiers nécessaires au départ de Lafko ! Grande joie pour nous tous !
Ce même jour, le moteur est complètement remis en état grâce à l'intervention d'un mécanicien. Les essais en mer sont donc au programme du lendemain.
Mardi 13, de bon matin, j'appelle donc le consulat de France en Malaisie. Le consul est en congés... La secrétaire à l'état civil, très sympathique, m'indique ne pas savoir ce qu'est un acte de francisation.... Forcément... En fin de journée, elle m'écrit qu'il est possible de réaliser cet acte provisoire mais seulement pour 3 mois. Les pièces à fournir sont celles que j'ai déjà envoyées pour la demande d'acte officiel et qui ne sont donc plus en ma possession ! J'appelle donc les douanes françaises pour leur faire part de la situation.
Pendant ce temps, Franck et Emmanuel larguent les amarres de Lafko pour la première fois !
Direction... la station-service ! Petite surprise, le tuyau servant à remplir le réservoir de gasoil a pourri et est percé. Fuite dans le bateau... Remplissage direct du réservoir sans passer par le tuyau... Pas de temps pour une sortie en mer...
Mercredi 14 avril, date à retenir : Pour Lafko, c'est le grand départ ! Direction Langkawi, à trois ou à quatre jours de mer, près de la frontière thaïlandaise. Navigation de jour uniquement, la zone est truffée de bateaux de pêche mal éclairés et des filets qui les accompagnent. On longe la côte. Au large, les cargos du détroit de Malacca...
Dans ma boîte mail, un message de l'Ambassade de France en Malaisie m'indiquant que notre demande est traitée en urgence et qu'un modèle d'acte de francisation provisoire a été retrouvé. Je dois donc faire parvenir les pièces que je possède pour établir celui-ci. Il ne sera cependant disponible que lorsque le consul sera rentré, soit dans 10 jours...
Et là, fantastique surprise ! Vers 11h, coup de téléphone des douanes françaises ! Le douanier qui traite cette affaire bien complexe a trouvé un texte lui permettant de nous faire parvenir l'acte officiel si la co-propriété s'engage à accomplir quelques formalités lors de l'arrivée définitive de Lafko en France. Les papiers peuvent partir cet après-midi si j'envoie un email, un fax ET un courrier postal ! C'est donc chose faite et les papiers sont expédiés pour Paris ce mercredi soir.
Un grand merci au douanier pour avoir cherché à nous aider jusqu'au bout ! Sans ses recherches, nous n'aurions sans doute pu obtenir les papiers officiels qu'à notre arrivée en France. Il aurait donc fallu passer toutes les frontières avec un acte de francisation provisoire qui n'est rien d'autre qu'une feuille A4....
J'annule donc la demande auprès de l'Ambassade en Malaisie et tout se trouve désormais entre les mains d'un chauffeur de fourgon postal....
Ce mercredi soir, Franck et Emmanuel sont au mouillage dans une mangrove et tout va bien pour eux après cette première journée en mer.
Jeudi 15, le fourgon roule vers Paris, Lafko vogue vers Langkawi et notre téléphone satellite envoie des messages dans l'espace !! Vendredi 16, j'ouvre ma boîte aux lettres : une enveloppe, un cachet des douanes et nos papiers à l'intérieur !
Nos démarches administratives ne sont pas terminées pour autant mais l'essentiel est que nous puissions naviguer en règle. J'en informe tout le monde.
A Port Dickson, les grands travaux sont terminés depuis hier !
Les safrans sont remontés et affutés, les hiloires du cockpit sont refermés et repeints, la dérive est débloquée. Primaire, antifouling et peinture ont été passés sur la coque.
Tout va bien et tout est prêt pour la mise à l'eau !
Il aura fallu des heures et des heures de travail sous le soleil pour arriver à cela !
Franck, Bernard et Simon, rejoints par Emmanuel la semaine dernière, ont poncé, découpé, soudé et peint.
Bravo à eux tous et un grand merci à Bernard pour ses précieux conseils !
Le grand ménage a aussi commencé pour trier les affaires déjà présentes à bord.
La mise à l'eau est désormais imminente ! L'évènement sera couvert et la diffusion internationale...
Pendant ce temps-là, en France, on teste le téléphone satellite, la course contre la montre pour obtenir les papiers continue et on complète la pharmacie du bord.
Pour optimiser la vitesse de croisière, nous venons de changer de gréement ce qui nous permet d'augmenter de 30% la surface de la voilure !
Avec un nouveau mât, 3 mètres plus grand que le précédent et un jeu de voiles adaptées, la propulsion de Lafko est assurée ! Il va falloir revoir le planning, c'est sans doute jouable pour le Pacifique maintenant !
Nous avons du aller chercher le nouveau mât à Sydney, mais le jeu en vaut la chandelle !
Prêts à lancer une batterie de tests en navigation, l'équipage est prêt à repousser ses limites : Bernard le MacGyver des mers et Simon, le chinois constructeur de ponts en acier nous prêtent main forte.
Sur la photo, nous venons de faire demi tour et repartons à Port Dickson pour la touche finale !
Franck, depuis le large de l'Indonésie, bientôt de retour à Port Dickson.